"J'ai choisi de vivre heureux parce que c'est bon pour la santé."

Voltaire


"Le plus fort n'est pas celui qui arrive le premier ; c'est celui qui profite le plus de ce qu'il fait."

Kilian Jornet



03 décembre 2014

Parpaillon

Il faut que je vous parle de ce col peu connu.

Ce col, situé dans les Hautes-Alpes, est à 2650m d'altitude. Il se distingue de la plupart des autres cols par le fait qu'il passe d'une vallée à l'autre, non pas par un passage entre 2 montagnes, mais via un tunnel. De plus, même si le pied est goudronné, on se retrouve vite sur un chemin de montagne, relativement roulant quand même. Cette "route" avait été construite par le Génie Militaire entre 1891 et 1911.

Un col, c'est vrai que c'est magique, mais celui-là, c'est particulier.

La première fois que j'en ai entendu parler, c'était en enregistrant (sur cassette VHS ...) le film "Parpaillon" de Luc Moullet, datant de 1992. Ce film passait tard dans la nuit, sur Arte, un "jour" de 1996. Il faut dire que l'affiche n'était pas forcément flatteuse.
Ce film aussi peu connu que le col éponyme, racontait un rallye cyclotouriste qui se déroule chaque année sur ses pentes alpestres. La plupart des acteurs étaient (et sont encore, sauf peut être de Fréd ...) peu connus, hormis une furtive apparition de Pierre Richard, dans son propre rôle.
Sous forme de multiples petits sketches liés à cette cyclo, ça arrivait à tenir 84mn, non sans quelques longueurs. 
Ne sachant pas que ce col existait vraiment, j'avais simplement trouvé ce film sympathique.

Quelques années plus tard, lors d'une partie de carte (Michelin) comme je les aime lorsque certains besoins se font sentir, je tombe totalement par hasard sur ce col, situé au-dessus d'Embrun. Et la carte signale bien le tunnel. A partir de ce moment là, je me suis dit qu'un jour, j'irais y faire un tour.

Ce jour-là arrive en 2002.
Lors de vacances sportives (et surtout cyclistes) à Risoul, une station de ski situé à 1800m, le programme est simple : pédaler !
Les jours pairs, je roule sur route le matin, avec un col au programme (pas plus car 15 jours avant, je passais sur le billard pour une appendicite aigüe. Pas grave) à chaque fois. L'Izoard (2360m), le col de Vars (2108m), le col Agnel (2744m) puis la montée sur Risoul (1800m), gravie par le Tour de France cette année.
Les jours impairs, c'est VTT avec mon copain Jean-Claude, le matin.
Et tous les après-midi, puisque la météo est clémente à souhait, c'est VTT ...

Un de ces après-midi, je m'attaque donc au Col de Parpaillon. Jean-Claude, touché à un genou lors d'une mauvaise chute la veille, me laisse partir tout seul, la mort dans l'âme.
Je m'élance depuis Saint André d'Embrun. Il y a 25km d'ascension. Au début, sur le goudron, je roule plutôt bien. Il y a 13km, je mets un peu plus d'une heure. Correct.
Après le hameau Les Arnauds, c'est le chemin qui prend le relais. D'abord à travers la forêt, on débouche "rapidement" dans un paysage de haute montagne.
Il me faudra plus de 3h pour arriver jusqu'au fameux tunnel. Irréel.
J'ai de la chance car les deux grandes portes battantes sont ouvertes. J'apprendrai plus tard, en discutant avec un berger, que les portes ne sont pas ouvertes toute l'année, en raison des infiltrations qui, parfois, font que certaines parties des parois s'effondrent. C'était mieux de le savoir après.

Même si j'avais prévu à l'avance de passer à l'intérieur, je n'ai pas pris d'éclairage. Sur le moment, je me dis que ce n'est pas trop grave car on voit la lumière au fond. 500m plus loin, ça fait un point lumineux ; je n'aurai qu'à viser.

En fait, viser, ça va bien au début, mais plus je m'enfonce dans la montagne, moins j'y vois. Certes, je vois toujours la lumière de part et d'autre mais pour autant, je ne vois rien autour de moi. Ni en haut, ni en bas, ni sur les côtés. Parfois, je sens que le sol est un peu souple ou que je me rapproche des parois mais c'est tout. J'avance quand même prudemment, pas forcément rassuré.

Enfin arrivé à l'autre extrémité, je rencontre deux Néerlandais en train de pique-niquer. Ils ont de jolies randonneuses qui auraient fait pâlir plus d'un gravel-bike actuel.
Les gars me demandent où je vais. Je leur réponds que je fais demi-tour et ça les surprend, d'autant qu'ils me demandent comment j'ai fait sans lumière ...

Alors, je fais demi-tour et repars à l'aventure dans les ténèbres.
Au bout d'une cinquantaine de mètres, un 4x4 arrive derrière moi. Je profite de ses phares (même si je fais de l'ombre ...) car il roule doucement. Et pour cause !
Là, je m'aperçois du chantier : il y a des trous partout, des grosses pierres et des flaques d'eau. Je me rends alors compte de la chance que j'ai eue à l'aller.

Au retour, en mode chute libre (ou presque), je mettrais à mal la fourche Rock Shox Mag 21 montée sur mon Sunn 5000R. Je redescends jusqu'à Embrun, 29km en 40mn. Merci la gravité !

De cette ascension, je garde un souvenir unique en souhaitant, dès que l'occasion se représentera, de pouvoir y retourner. 

A condition que le tunnel ne soit pas définitivement fermé, comme peut le laisser supposer la carte Michelin à jour ...

4 commentaires:

Michel Lapeyre a dit…

Cet été j'ai découvert le Soulor et l'Aubisque. C'est une des plus belles routes de montagne que je connaisse, mais je me suis fait surprendre par le tunnel qu'elle emprunte. Il est goudronné, mais il fait un virage. Je n'avais aucun éclairage et c'était un peu limite tant pour savoir où rouler que pour les voitures qui pouvaient arriver par l'arrière.
Mais quelle belle route, vivement l'été prochain !

Sylvain Dengreville a dit…

Je suis bien d'accord avec toi, ces cols sont magnifiques. Je les avais montés une première fois en 1986, en course (pas la peine de revenir sur le résultat ;-)), mais dans le brouillard. Je pense que s'il avait fait beau ce jour là, je n'aurais pas attendu 2012 pour y revenir ...
Petite anecdote : lors de cette course (Grand Prix Henri Bernard), nous montions le Soulor (depuis Ferrières), tournions à droite puis remontions le "petit" bout d'Aubisque avant de replonger côté Eaux-Bonnes (je trouve que c'est plus joli dans l'autre sens). Dans la descente du Soulor, dans un tunnel, un des coureurs avait percuté une vache qui s'abritait du mauvais temps ! Il y avait eu quelques dégâts (une clavicule et un vélo) mais heureusement, la vache n'avait rien eu ...

dom tom a dit…

Merci pour le billet sur le col du parpaillon. Et à part le tunnel, la route est-elle praticable en vélo de route? Je veux dire vélo de course, pneus de 23 ou 25...
Dominique

Sylvain Dengreville a dit…

Sauf s'ils ont goudronné la route depuis mais franchement, le vélo de route, même en 25mm, ce n'est pas une très bonne idée. A la limite, en vélo de cyclocross mais il y aura quand même pas mal de passages où il faudra marcher (prévoir donc des chaussures type cyclotouriste ou VTT).
Tout retour est bien évidemment le bienvenu :-)